22 octobre 2022, La bataille de la Woëvre du 4 au 14 avril 1915 et 1916

22 octobre 2022, La bataille de la Woëvre du 4 au 14 avril 1915

Organisée par le Mémorial de Verdun cette sortie guidée par Nicolas Czubak (enseignant en détachement, historien et responsable du Pôle Histoire & Médiation au Mémorial de Verdun), sans oublier les connaissances documentées de Pascal Lejeune, nous a transporté dans les environs de Pintheville (la Grande).

Plusieurs objectifs sont à l’origine du déclenchement de cette bataille repousser au-delà des Côtes de Meuse pour protéger Verdun, préparer la réduction du Saillant de Saint-Mihiel et la réduction de la présence Allemande sur la Crête des Éparges.

Presque tout ce que la guerre terrestre pouvait compter d’armes a été utilisés en ces journées d’avril 1915 : la mitraille, l’artillerie, les tirs de mine, les tranchées françaises creusées à découvert quelques heures avant l’attaque. Et donc, de faible profondeur, fragiles, embourbées et en zig-zag (pour éviter les tirs en enfilades) pour atteindre 700m plus loin les réseaux quasi intacts, malgré la préparation d’artillerie, de fils barbelés des premières lignes Allemandes… Tranchées uniques où les troupes montantes croisaient les descendantes blessées, éreintées et fourbues. Le tout dans des conditions pluviométriques effroyables avec un sol imperméable qui se transforme vite en marécages engluant.

On ressort aussi d’une journée comme celle-là avec du savoir et des connaissances diffusées et acquises grâce aux talents passionnés du guide, qui est attentif aussi à la dimension humaine. Les erreurs souvent cumulés avec l’absurdité des impératifs et des ordres et leurs conséquences sont présentent, surtout lorsqu’elles se soldent par 64 000 soldats Français et environ 22 000 soldats Allemands – morts, blessés ou portés disparus  ; selon la formule consacrée, pour rien ou pour vraiment pas grand-chose en dix jours. Cette bataille est, par voie de conséquence, sans monuments commémoratifs et sans traces médiatiques – les bourbiers ne faisant pas bonne presse déjà à l’époque… Il a donc fallu l’exhumer des archives puis la retranscrire sur le terrain. L’auteur, Louis Pergaud fait partie des victimes dont le corps n’a pas été retrouvé.

Plus tard, dans ce secteur, Franz Marc – un des principaux représentants de l’expressionnisme allemand et un des fondateurs du groupe Der blaue Reiter (Le Cavalier bleu) – sera tué le 4 mars 1916 dans les environs de Braquis.

Défilements – Scrollings

Voyager à bord d’un TER nous place dans une situation en abîme. Bien calé dans un fauteuil, les vitres latérales, comme des écrans, donnent à voir des photogrammes.

On va vite, mais on peut rester immobile, dans des espaces séparés par une frontière vitrée. On peut se déplacer tout en se laissant transporter.

Regarder vers l’extérieur plonge le voyageur dans une frise chaotique qui défile. S’il s’y attarde, le spectacle invite à la rêverie, à la nostalgie et à la réflexion.

Le photographe peut jouer avec la vitesse. Il peut la ralentir tout en continuant à circuler vite. Avec la technique du filé, il la manifeste, il l’atteste.

Par l’artefact du moins bien montré, du flou ; à la manière de William Turner (1775-1851), l’image en dit plus. C’est une manière d’inviter les curieux.ses à compléter l’image en y injectant quelque chose de soi. Être visiteur.se demande des efforts.

Ce n’est plus la griserie provoquée par la vitesse qui produit du sens. C’est la connivence entre les différentes instances en présence ; les éléments, la technique, le photographe et les visiteurs.ses, qui fonde un rapport à la fois documentaire, personnel et esthétique à l’objet photographique.